Physionomie du soleil I

« La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmutait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Un instant qui lui sembla éternel, un globe écarlate palpita en lui ou en dehors de lui, saigna sur la mer. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit. »

La mort dans toute son ineffable grandeur


Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir, 1968 | Gnaw Their Tongues, L’arrivée de la terne mort triomphante, 2010.

Goétie

« It takes bravery. The deepest bullets are not to be feared;
phosphorous napalm or nothing to be feared, but to look inward to see that twisted mind that lies 
beneath the surface of all humans and to say yes I accept you, I even love you because
you are a part of me, you are an extension of me… »

Il y a eu Prométhée, et puis il y a eu Lucifer. Tous les deux, dans des tourbillons de flammes et des chutes aux allures d’apothéose, ont offert à l’humanité le plus doux et le plus redoutable des poisons : la Connaissance. On peut bien se débrouiller avec la mythologie comme on veut : leurs descendants existent, et, pour ceux qui savent les voir, l’histoire des arts brille de leurs lumières déclinantes aux allures de trou noir.

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