« Toute ma vie, pensai-je, toute ma vie je haïrai le soleil.
Toute petite, j’ai rêvé dans ma solitude des merveilles multicolores. Je parle de ma solitude parce que c’était ce que j’aimais le plus au monde.
Toutes les fois que j’ai aimé, j’ai pensé à la mort.
C’était doux de marcher sur cette ligne incertaine, escortée de sommeil et de silence. J’avais un regard, une ouïe, un épiderme, et chaque place de ma peau connaissait en elle la vie profonde des choses.
Mais moi, j’aimais le feu, je l’aimais jusqu’à la brûlure, j’aimais l’amour jusqu’à la plaie et la vie jusqu’à la mort. Moi, je n’étais pas raisonnable.
Je souffrais. Je voulais garder pour toujours cet amour épuisant qui requérait enfin toutes mes forces vives, cet amour absolu, aveugle, sans conditions, et qui ne demandait rien en retour. Cet amour dont m’ont peut-être rendue incapable les tristes vertus des grandes personnes, l’orgueil et la juste mesure. Mais non, pourtant, pas incapable. Pas encore, non. Je ne suis pas une grande personne. Mon Dieu, mon Dieu, je ne veux plus grandir. Je ne veux pas devenir raisonnable, ni calculatrice, ni économe de ma tendresse. Je ne veux pas me conserver à moi-même ni rancir dans de vieilles passions rassises. Je veux rester dans ma folie et aimer comme on s’enivre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je veux garder ma violence.
Elle savait bien qu’il n’était pas possible de me consoler, que c’était la nuit et mon âge et mon nom qui me faisaient alors si mal, que c’était seulement de la forme de mes idées et de la couleur de ma vie que je souffrais, seulement de ce qui était moi dans ce qui était la succession des jours.
Mais je me disais qu’il n’y a pas de médiocrité dans la douleur et qu’il valait mieux souffrir. La douleur, c’était en quelque sorte ma façon de me sentir vivre.
À moi non plus rien ne me suffit et il faut que je déborde jusque dans d’autres dimensions. »

Collage de citations d’Écarlate de Christine Pawlowska, 1974 | Anatomie biblique (plaies dans une plaie, vulve, œil ?!), 1410 | Black Earth, Bohren & der Club of Gore, 2002













