Le choix du noir

« J’ai peur de quelque chose… Une espèce de trou noir, plus horrible que tout ce que j’ai surmonté… Et ce trou noir – c’est moi, moi tout entière… Et puis ce fantôme blanc, cette espèce de mollusque, pour moi plus noir encore que tout le reste.. Ah, ah, je ne suis que haine noire, éternelle. Ce n’est pas ainsi que je vaincrai.. J’aime ; mais mon amour n’est qu’un îlot dans la mer de ma haine. J’ai ma volonté ; mais, souveraine en exil, elle fait les quatre cents volontés de mes noirs instincts. Je suis noire. Voilà pourquoi mon fantôme est blanc ; pourquoi la lumière est à mes yeux – un fantôme.. »

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séparation

Ladislav Klíma, Les Souffrances du prince Sternenhoch, 1928 | Kali la noire dans le style Kalighat, XIXe siècle | Dissection, Reinkaos, 2006.

Les enfants des monstres

« C'est pourquoi il n'y aurait pas grand sens à rapprocher art et anatomie, si on ne mesurait la part du 
désir comme volonté de représentation surgissant de l'obscurité de ce qui les lie. On ne s'étonnera pas 
alors que les enjeux du « théâtre anatomique » soient tout à la fois métaphysiques, érotiques et politiques. 
Ainsi, cherche-t-on à fermer ses affolantes perspectives intérieures, qu'il s'ouvre plus grand sur notre abîme.
Alors, s'agit-il d'un théâtre de la mort, quand la subversion spectaculaire qui a présidé à sa naissance 
continue d'être son secret de vie ? » 
Annie Le Brun

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Biomécanique I

L’Art nouveau

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À bien y réfléchir, le fait que l’on se souvienne de la mal nommée Belle Époque, c’est-à-dire d’un certain âge d’or de la bourgeoisie, essentiellement à travers ce que l’on a appelé « Art nouveau », « Modern Style », « Jugendstil » ou encore « style ténia » (!) ne manque pas de piquant. Caractérisé à la fois par sa brièveté (apparu vers 1890, le style disparaît au début de la première guerre mondiale) et son intensité proliférante, on a tendance à n’en retenir que la joliesse un peu kitsch pour mieux en occulter l’épaisseur et les tiraillements symboliques (symbolistes ?) qui en parcourent les ramifications.

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Âmes sœurs

« La plus jeune sœur vient à moi comme l’incarnation de ma pensée la plus belle. Sa robe était du même violet que le soir. Cette femme m’évoquait la fragilité de la nacre et la tristesse altière des cygnes noirs au sillage obscur. Répondant à mon silence, elle murmura :
“J’ai cherché dans cette ombre non point la paix, comme l’Exilé frappant aux portes du monastère, mais l’Infini.”
Et je vis que son visage ressemblait au divin visage de la Solitude. »

In Solitude - Sisterséparation

Renée Vivien, « Les sœurs du silence » in La dame à la louve, 1904 | In Solitude, Sister, 2013