Champ de l’Asphodèle

epitaphe numéro 351, c.p née le 15 juillet 1987 à chenôve, côte-d_or. 30x30cm, lmg, 2015

Epitaphe numéro 351, C.P née le 15 juillet 1987 à Chenôve, Côte-d’Or. 30x30cm, LMG, 2015

Il y a huit ans, LMG, névroplasticienne de son état, entamait un projet de longue haleine intitulé les Épitaphes : 365 récits de morts futures métamorphosés en dessins au graphite et à la mine de plomb. Elle a reçu 365 lettres, 365 départs exemplaires, rêvés, redoutés ou fantasmés, qui reposent désormais dans un petit cercueil destiné à être incinéré, aujourd’hui – un an et un jour après la fin du projet – peut-être, et à réduire à la poussière les épanchements qu’il a recueillis. Ne restent que ces épitaphes, des mots transformés en images. Le carbone plutôt que les cendres.

Il y a quatre ans exactement, je prenais les devants, remontais mes manches et envoyais ma mort à LMG, espérant sûrement qu’elle serait bien gardée. On a coutume d’opposer la création à la destruction comme on oppose la vie à la mort, mais elles sont sœurs siamoises, l’une précipite l’autre, se nourrit de l’autre – c’est peut-être ce que l’on appelle l’éternité. De même, ma mort fictive était la sœur d’une mort réelle ; toutes deux désormais entre quatre planches. De combien de secrets les épitaphes, avec leur beauté de sphinges, sont-elles les gardiennes muettes ?

Il y a cinq ans jour pour jour, enfin, S. s’est suicidé.

J’ai désormais l’âge qu’il avait quand je l’ai rencontré. J’ai découvert, entre temps, que le temps justement ne coulait pas droit, qu’il opérait des boucles étranges et des passages d’une vie à l’autre que je n’avais pas soupçonnés. J’avais l’intention de lui écrire une sorte d’hommage pour l’occasion. J’ai rajouté des pages noircies à celles que j’ai écrites de son vivant. J’ai des collections de fragments ; tous semblent absolument contemporains. De quand, de quoi devrais-je parler ? D’amour, d’admiration, de rancœur, de regrets ? De colère, de désir ? De visages fermés, demi-sourires contrits, gestes tendres ? Être une camarade fidèle, une amante muette, porter des oripeaux de veuve éplorée ? Mettre de l’ordre dans ce qui, lui vivant, n’en avait pas ? Une combinaison arbitraire de lettres, toute belle ou avantageuse qu’elle soit, ne dit jamais assez, et la vie leur échappe toujours.

Qu’elles restent donc lettres mortes, comme ma lettre brûlée, et que je vive mon épitaphe comme il a vécu la sienne.

Rien n’est terminé. Tout commence toujours.

take me home

Waters of Ain, Zbigniew M. Bielak

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