Hantologie I

Le message automatique

Il y a quelques années, nous nous sommes rendues un peu par hasard à la maison de Victor Hugo pour y voir l’exposition intitulée Entrée des médiums, attirées par la promesse de tables tournantes et de photographies médiumniques. Nous ne fûmes pas déçues : en plus de découvrir l’élégant salon chinois de Victor (1) et de rencontrer un singulier personnage obsédé par l’angoisse d’être enterré vivant et par le chiffre trois (« Regardez, dans ce tableau encore ! »), nous fûmes plus que servies en matière de manifestations spectrales. Pourquoi vous parler d’une exposition fermée depuis des lustres, nous demanderez-vous. Eh bien d’abord parce que le catalogue est un très bel objet et qu’il vaut le coup d’œil. Mais aussi parce qu’elle retraçait, de Victor Hugo à André Breton, un processus d’intériorisation des spectres et de la « bouche d’ombre » tout à fait fascinant et même, à nos yeux, déterminant. En effet, chez Victor Hugo comme dans toute la tradition médiumnique, ce qui s’exprime, ce sont des esprits, divinités obscures ou âmes errantes, bref, un élément extérieur perçu comme une altérité radicale. Il n’est plus question de cela chez André Breton qui, en dépit de son enthousiasme pour les médiums, ne croit pas le moins du monde aux fantômes. Entre temps, Freud est passé par là, et une lame de fond née au XVIIIe siècle (2) substitue les replis opaques du dedans à l’infinité mystérieuse du dehors. On va donc du spiritisme le plus échevelé (les dessins étranges et délicats de Victorien Sardou) à l’art brut (les figures fantomatiques de Madge Gill) en passant par des choses beaucoup plus méthodiques (le surréalisme, donc) voire par la supercherie plus ou moins éhontée (la photographie spirite). Et au milieu de tout ça, un grand absent : Austin Osman Spare.

Dessin automatique - Austin Osman Spare 1

Ignoré superbement de nos jours, notamment en France, à l’exception des milieux ésotériques à tendance chaote, très peu exposé, Spare est pourtant une figure passionnante du début du XXe siècle, en qui se rencontrent toutes sortes de tendances de l’époque. En contact avec Freud (3) comme avec Hitler (!) (4), chez lui mieux que personne la ligne sinueuse de 1900 que nous évoquions il y a quelques mois se déploie avec une vitalité organique, végétale, au point de prendre une vie indépendante qui le poussera à explorer la création automatique une bonne dizaine d’année avant que les surréalistes ne s’y attellent en France.

Souvent considéré avant tout comme un symboliste un peu étrange, Spare naît en 1886 à Londres. Sa carrière artistique commence très tôt et de manière assez tonitruante : dès Earth Inferno et A Book of Satyrs en 1905 et 1907, il est remarqué à la fois pour sa technique impressionnante et un goût certain pour les sujets plus ou moins scandaleux, lui valant expositions, commandes, et l’admiration de George Bernard Shaw et John Singer Sargent, rien que ça. Très marqué par les spiritualités orientales, la théosophie surtout et, dans une moindre mesure, le spiritisme, il croise le chemin d’Aleister Crowley (il fait partie un temps de l’A∴A∴ (Astrum Argenteum) et participe activement à sa revue The Equinox), avec qui il partage certains intérêts et procédés (magie sexuelle, procédés automatiques proches de ce qui a conduit à l’écriture du Book of the Law [Livre de la Loi]), mais avec qui il va rompre rapidement en finissant par rejeter en bloc la magie cérémonielle, et surtout celui d’une certaine Madame Paterson. Déjà très âgée, prétendant descendre des sorcières de Salem, pouvant apparemment prendre l’apparence d’une très belle jeune femme, elle joue le rôle de mère de substitution mais aussi d’initiatrice, et l’invite au sabbat d’où il ramènera ses méthodes artistiques, qu’il théorisera dès 1913 dans son Book of Pleasure [Livre du plaisir].

Nous nageons donc en plein ésotérisme fin-de-siècle, certes, mais dès le Livre du plaisir, l’influence du discours scientifique de l’époque est manifeste – nous pensons surtout aux travaux de Sigmund Freud et de C.G. Jung –, et les méthodes déjà qualifiée d’automatiques (dessin automatique, magie des sigils (5) et alphabet du désir) en évacuant toute référence au spiritisme sont utilisées non pas pour communiquer avec des esprits mais pour se livrer à une véritable exploration de l’inconscient.

Présentation toute personnelle de la conception de la sorcellerie de l’auteur, le Livre du plaisir est volontiers ténébreux voire opaque, mais nous vous proposons une traduction du court chapitre consacré au dessin automatique. Le style de Spare étant aussi tortueux que sa ligne, nous n’avons pas hésité à le démêler un peu dans un souci de clarté – et pour ne pas enténébrer inutilement un texte déjà complexe.

Dessin automatique - Austin Osman Spare 3

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Le dessin automatique comme méthode artistique
L’art comme « n’ayant pas à être » – la religion vitale

La qualité de l’art est qu’il peut contredire (toutes les lois de) la science ; pour être de l’art, il n’a pas besoin d’être conforme à la science. Il enseigne que la composition, l’équilibre ou les proportions peuvent être obtenus par n’importe quel principe ou n’importe quelle exagération, et invite donc à la liberté au sein d’une réflexion préexistante.

Suggéreriez-vous qu’un certain principe artistique est mauvais (en terme de composition, de couleur etc.), ce ne serait qu’une occasion d’être original, et vous pourriez faire une œuvre merveilleuse en utilisant seulement ce principe mauvais ou interdit.

La seule loi de l’art est sa propre spontanéité. Son plaisir et sa liberté. Comme ses aspirations sont mystiques, pures et simples ! Il ne conçoit pas de divinité potentielle ! La décoration est son principe ; l’allégorie vitale, sa croyance. Comme il est « moralité libre », il ne connaît pas le péché – ainsi, l’art est assurément « tout » ce que nous osons exprimer sans excuse. Ce qui n’est pas de l’art est donc de la science ou une photographie morale. Le fait que l’art (vrai) soit inspiration est la formule (symbolique) de la science qu’il n’admet pas.

L’art suggère, c’est donc le meilleur moyen de transmettre la sagesse, – sa simple suggestion évoque la liberté. L’art est la beauté qui peut émerger de toute chose, mais pas seulement grâce à une formule d’équilibre ou de belles proportions. Ce que la formule ne permet pas, c’est la laideur : ainsi, il n’y a jamais de beauté sans cette laideur qui est transfigurée par sa propre surabondance.

L’art est l’application instinctive (aux observations ou aux sensations) du savoir latent dans le subconscient.

L’art mauvais (fondamentalement faible dans sa composition etc.) apparaît lorsqu’une loi, un code ou un maniérisme (toujours quelque chose qui a été appris) empêche (en négligeant l’abandon nécessaire) la spontanéité. L’art seul est sagesse éternelle ; ce qui n’est pas de l’art périra bientôt. L’art est l’amour subconscient de toutes choses. On cessera d’apprendre et la réalité sera enfin connue lorsque tous les êtres humains seront des artistes.

Le dessin automatique

Le dessin automatique est une manière vitale d’exprimer ce qui est au fond de l’esprit (l’homme-rêve)*, et un moyen simple et rapide de commencer à être courageusement original – peu à peu, il évoluera dans la direction de l’expression spontanée si convoitée, et assurera une omniscience certaine.

Le dessin automatique est obtenu par une forme simplifiée de la formule des sigils (d’abord, rendez organique le désir de dessiner) ; il s’agit d’une méthode pour obtenir de manière picturale une expression de l’activité subconsciente : c’est le plus simple des phénomène médiumnique. La main doit être entraînée par la pratique régulière à travailler librement d’elle-même. Pour s’exercer, dessiner de manière rapide et continue des lignes simples comme celles-ci :  scribblesde toutes les formes et dans toutes les directions, jusqu’à pouvoir les tracer sans avoir besoin de l’aide de la conscience. Puis laisser la main dessiner d’elle-même, c’est-à-dire griffonner**, avec le moins de délibération possible. À force, ces griffonnages feront évoluer la forme, le style et la signification. Lorsque l’esprit est inconscient, de grands succès sont assurés. Regarder son pouce à la lumière d’un rayon de lune jusqu’à ce qu’il soit opalescent et suggère un reflet fantastique de soi-même est un moyen d’accéder à une grande perfection, et d’atteindre des résultats extraordinaires.

Ces dessins sont symboliques de par leur signification ou leur sagesse. Pour choisir ce que l’on veut dessiner, comme un karma spécifique ou sa propre idée d’un cheval, en faire un sigil et y fixer son esprit.

Grâce à cette méthode, toutes les incarnations précédentes peuvent être exprimées, et toutes les choses de la création peuvent être vues sans avoir à se déplacer.

Les dessins automatiques sont aussi un moyen de visualiser symboliquement des sensations de manière ; c’est le cas de la plupart des dessins présents dans ce livre, et de mes premières tentatives (datant de 1900).

Ils sont aussi un moyen de (pré)dire les conséquences ultimes en les déduisant d’actions passée (les chapitres sur les augures, la divination et la prophétie sont omis).

Le dessin automatique est un remède contre la folie parce ils expose les sentiments blessés, permettant ainsi à la conscience de percevoir ce qui fait obsession, et donc à la raison (au contrôle) de repartir de zéro.

*

*Les gardiens du seuil (6) du subconscient, dans leur souffrance, littéralement la conscience ou la moralité vive. C’est pour cela que tout dessin automatique est, au début, morbide ou sentimental : il ne faut pas avoir peur de leur vraisemblance, sous peine de ne rien exprimer d’autre que son propre déplaisir.

** Une ligne continue est une évolution qui évite de retourner à sa propre origine grâce à une arrière-pensée continuelle lui suggérant à nouveau mouvement, par exemple, une ligne dansante :

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Notons d’ailleurs que la rébellion de l’enfant face à l’apprentissage se manifeste par un mantra sous la forme d’un tourbillon étourdissant :

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Significativement, si Spare proclame clairement la qualité médiumnique de la technique du dessin automatique, les allusions au spiritisme, et notamment à ses fins – qui ne l’intéressent pas – sont absentes. C’est qu’à l’époque, le spiritisme tel qu’il a émergé aux États-Unis au milieu du XIXe siècle avait déjà retenu l’attention de scientifiques, notamment de Pierre Janet qui, en 1889, publie L’Automatisme psychologique, un ouvrage destiné à non seulement expliquer le spiritisme, mais à l’utiliser comme méthode thérapeutique, pour ensuite être vu par le prisme de la psychanalyse naissante, qui en fait une manière de sonder l’inconscient.

Et c’est bien de cette manière que Spare conçoit la méthode automatique ; exactement de la manière dont quelques années plus tard, la concevront les surréalistes. André Breton publie « L’entrée des médiums » en 1922, et surtout « Le message automatique » dans la revue Minotaure de décembre 1933. Sans – on suppose – connaître le travail de Spare où la convergence entre symbolisme, art nouveau, spiritisme et surréalisme est peut-être la plus manifeste, il perçoit tout de même bien que c’est vers 1900, et notamment dans l’art nouveau, qu’art et spiritisme se rencontrent : « Qu’est-ce, suis-je tenté de demander, que le Modern Style, sinon une tentative de généralisation et d’adaptation, à l’art immobilier et mobilier, du dessin, de la peinture et de la sculpture médianimiques ? »

Quelques années après le Livre du plaisir, Austin Osman Spare précise sa pensée dans un article écrit avec Frederick Carter pour le premier numéro de la revue artistique Form Magazine, publié en avril 1916. Dans un contexte invitant à plus de clarté, nous retrouvons les mêmes principes, mais présentés avec – peut-être – plus de pédagogie.

Dessin automatique - Austin Osman Spare 4

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Le dessin automatique

De la chair de nos mères proviennent les rêves et les souvenirs des Dieux. Outre les attraits habituels de l’intérêt et du perfectionnement de ses talents, il existe une pression continuelle sur l’artiste, dont il est parfois en partie mais rarement pleinement conscient. Il apprend tôt ou tard dans sa carrière que le pouvoir de la reproduction littérale (celle de l’appareil photographique, par exemple) ne lui est que de peu d’aide. Il est contraint de trouver chez les artistes qui l’ont précédé l’existence, dans la représentation de la forme réelle, de la modification de certains détails immédiats ; il trouve en lui une conscience sélective et il est normalement largement satisfait du vaste champ que lui ouvre cette conscience élargie et simplifiée. Mais pourtant il y a au-delà une région bien plus vaste encore à explorer. Il faut, comme nous le voyons, que l’artiste attaque la compréhension objective, et qu’il utilise une méthode subconsciente afin de corriger la précision consciente du regard. Aucune acuité de vision et aucune conscience des erreurs ne produiront un bon dessin. Un livre sur le dessin publié récemment par un peintre bien connu prouve ce point : on y trouve des exemples de maîtres du dessin comparé à d’autres de l’auteur-peintre, côte à côte, ainsi qu’une analyse de la futilité du simple talent et de la volonté. Par conséquent, pour pouvoir avancer il est aussi nécessaire de se débarrasser du « sujet » de l’art (sujet au sens pictural comme au sens le plus complexe). Libérer l’esprit de ce qui n’est pas essentiel permet, grâce à un medium clair et transparent libre de toute préoccupation, aux formes et aux idées les plus définies et les plus simples d’être enfin exprimées.

Notes sur le dessin automatique

Un griffonnage « automatique » de lignes sinueuses et entrelacées permet au germe d’idée présent dans le subconscient de s’exprimer, ou du moins de s’insinuer dans la conscience. De cette masse de formes reproductrices pleine d’erreurs, un faible embryon d’idée pourra être sélectionné et travaillé par l’artiste jusqu’à atteindre la pleine maturité de sa croissance et de son potentiel. Ainsi, que les abîmes les plus profonds de la mémoire soient mobilisés et que les sources de l’instinct soient exploitées.

Cependant, que l’on ne s’imagine pas qu’une personne qui ne serait pas artiste puisse par ces moyens le devenir : seuls les artistes qui peinent à s’exprimer, qui se sentent limités par les conventions rigides de l’époque et qui aspirent à la liberté sans l’atteindre, seuls ceux-ci y trouveront un pouvoir et une liberté introuvables ailleurs. Ainsi, Léonard de Vinci écrit : « Entre autres choses, je n’aurai aucun scrupule à révéler une nouvelle méthode aidant à l’invention, qui, bien qu’apparemment insignifiante, pourrait aider précieusement à ouvrir l’esprit et à lui apporter les effluves de nouvelles pensées ; la voici : en regardant un vieux mur taché, ou l’allure étrange de certaines pierres striées, on peut y découvrir toutes sortes de choses comme des paysages, des batailles, des nuages, des positions peu communes, des drapés etc. Cette masse confuse d’objets apportera à l’esprit motifs et sujets parfaitement nouveaux en abondance. »

Un autre, écrivain mystique, déclare : « Renonce à ta propre volonté pour que la loi de Dieu puisse être en toi. »

L’expression curieuse de la personnalité que l’on trouve dans l’écriture manuscrite est due à la nature automatique ou subconsciente qu’elle a acquise par habitude. Ainsi le dessin automatique, l’un des phénomène médiumniques les plus simples, permet d’exprimer son caractère, et, s’il est utilisé avec courage et honnêteté, de retranscrire l’activité subconsciente de l’esprit. Les mécanismes mentaux utilisés sont ceux que l’on retrouve fréquemment dans les rêves et qui créent la perception rapide de relations parmi l’imprévisible, comme c’est le cas dans les traits d’esprit et les symptômes psycho-névrotiques. D’où il apparaît que la conscience simple ou inconscience est une condition essentielle et, comme toute inspiration, le produit de l’involution et pas de l’invention.

L’automatisme étant la manifestation de désirs (ou de souhaits) latents, la signification des formes (des idées) obtenues représente les obsessions qui n’ont jamais été retranscrites.

L’art devient, de part cette illumination ou pouvoir extatique, une activité fonctionnelle exprimant en un langage symbolique une aspiration à la joie inaltérée – le sens de la Mère de toutes choses – et pas de l’expérience.

Ce moyen d’expression vitale libère les libertés fondamentales statiques qui sont réprimées par l’éducation et l’habitude et sommeillent dans l’esprit. C’est un moyen de devenir courageusement un individu ; cela suppose spontanéité et dissipe ce qui cause troubles et ennui [en français dans le texte].

Les dangers de cette forme d’expression viennent des a priori et des préjugés personnels : convictions intellectuelles figées ou religion personnelle (intolérance). Elles produisent des idées de menace, d’insatisfaction ou de peur, et deviennent des obsessions.

Dans la condition extatique de révélation du subconscient, l’esprit élève les pouvoirs sexuels ou hérités (cela ne réfère ni à une théorie, ni à une pratique morales) et inhibe les qualités intellectuelles. Une nouvelle responsabilité atavique est donc atteinte en osant croire – en étant en pleine possession de ses propres croyances – sans chercher à rationaliser les idées fallacieuses provenant de sources intellectuelles faussées et pleines d’idées préconçues.

Les dessins automatiques peuvent être obtenus par les méthodes utilisées pour se concentrer sur un sigil – tout moyen d’épuiser le corps et l’esprit d’une manière agréable afin d’atteindre un état où la conscience est absente – en se concentrant sur une aspiration contraire au désir réel après avoir acquis l’impulsion organique de dessiner. La Main doit être entraînée à dessiner librement et sans contrôle en s’exerçant à décrire des formes simples en une seule ligne, complexe et continue, sans y réfléchir : son intention doit directement s’échapper de la conscience.

Les dessins devraient être faits en autorisant la main à agir librement, le moins délibérément possible. Avec le temps, les formes vont se mettre à évoluer, à suggérer des conceptions, des silhouettes et enfin avoir un style personnel ou individuel.

L’esprit, dans un état d’abandon, sans désir de réflexion ou de poursuite de suggestions intellectuelles matérialistes, est en condition pour produire avec succès des dessins représentant les idées personnelles du dessinateur, symboliques de part leur signification et leur sagesse.

De cette manière, les sensations peuvent être visualisées.

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C’est en 1936 que la trajectoire de Spare et celle du surréalisme, à défaut de se rencontrer, se touchent, avec l’arrivée du surréalisme à Londres lors de l’International Surrealist Exhibition. Alors que la carrière de Spare patine après la première guerre mondiale, il se rend compte (ou plutôt, on lui fait remarquer) que pendant tout ce temps, il a fait du surréalisme sans le savoir. On notera d’ailleurs que la citation de Vinci utilisée dans l’article que l’on vient de traduire est évoquée aussi par… André Breton, évidemment, et avec les fins fort similaires. Bref, Spare accepte ce qualificatif comme un moyen d’obtenir un regain d’intérêt, et va même créer un étrange petit jeu de « cartes surréalistes » visant à planifier ses paris lors de courses de chevaux – paris qu’il considère, avec pas mal de justesse après tout, comme une forme d’oracle.

Mais ce qui sauvera vraiment l’artiste de l’oubli, après une période difficile à vivre dans la misère et marquée par le bombardement de son atelier lors de la seconde guerre mondiale, c’est l’intérêt que vont lui porter Kenneth Grant, chef de file de l’Ordo Templi Orienti et discipline de son ancien frère ennemi Aleister Crowley, ainsi que sa femme Steffi. Grant va devenir son ami proche, son biographe ainsi que l’un des principaux propagateurs de ses techniques, en faisant de lui le précurseur de la magie du chaos (fondée sur l’utilisation de sigils).

Ce sont donc chez les artistes ayant recours à la magie du chaos que nous trouveront son héritage. Que ce soit chez le musicien John Balance de Coil, chez des peintres comme Fredrik Söderberg ou Denis Forkas Kostromitin, la fine ligne sinueuse est toujours menée par sa vitalité propre, et constitue le fil sur lequel s’accrochent les visions des artistes. Plus besoin des médiums, nous savons que c’est en nous que les esprits se bousculent.

Dessin automatique - Austin Osman Spare 2

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  • Voici les originaux : Automatic Drawing as means to art et Automatic drawing.
  • Nous avons privilégié pour illustrer cet articles des dessins faisant partie des plus purement « automatiques » d’Austin Osman Spare, mais ce n’est qu’une facette d’une œuvre variée et foisonnante dont vous pouvez voir une large sélection ici.
  • Nous empruntons le terme d’hantologie à Rétromania de Simon Reynolds, qui l’utilise pour parler du caractère fantomatique voire morbide de la voix enregistrée. Nous l’utilisons quant à nous pour qualifier toute manière de convertir des spectres en art.
  • Inconsolables d’avoir raté l’Entrée des médiums ? Voici le dossier de presse de l’exposition.
  • Pour les anglophones, voici deux articles passionnants de Chris Miles et Mike Jay sur Spare et l’automatisme.
  • Nous ne sommes pas magiciennes, par conséquent nous ne nous sommes pas trop attardées sur la question, mais ici vous trouverez un article décrivant dans les grandes lignes la magie du chaos, largement inspirée des techniques de Spare. Et si vous en voulez plus, vous trouverez de quoi vous occuper .

(1) Il s’agit en fait de la reconstitution du salon de la maison de Jersey de Juliette Drouet, la maîtresse d’Hugo.
(2) À ce sujet, lire l’article passionnant de Terry Castle intitulé « The Spectralization of the Other in The Mysteries of Udolpho » (in The female thermometer – Einghteenth-Century culture and the Invention of the Uncanny) : l’auteur y explique comment les avancées technologiques ainsi que les idées des Lumières ont modifié le rapport à la mort, aux autres et aux spectres au cours du XVIIIe siècle. Les fantômes que l’on voyait au-dehors sont peu à peu incorporés, et ce qui nous hante, ce sont les souvenirs des défunts…
(3) Selon Kenneth Grant, Spare a envoyé un exemplaire du Livre du plaisir à Sigmund Freud, selon qui il s’agirait de l’une des révélations des mécanismes subconscients les plus signifiantes de l’époque moderne.
(4) Il semblerait que vers 1936, Adolf Hitler, à qui une personne de l’ambassade d’Allemagne aurait offert un tableau de Spare, aurait pris contact avec le peintre pour lui demander un portrait. Et Spare de lui répondre : « Je ne peux vous concevoir sainement qu’à partir de négations. Car je ne peux imaginer courage suffisant pour supporter vos aspirations et vos finalités. Si vous êtes un surhomme, je préfère rester un animal pour toujours. » Spare a-t-il vraiment envoyé cette lettre ? Cette histoire est-elle vraie ? Nous n’en savons rien, nous ne sommes pas médiums, mais cet autoportrait en Hitler (!) du peintre où l’on peut lire la citation que nous venons de traduire laisserait croire que oui.
(5) 
Sigil se traduit normalement par sceau, mais comme dans ce contexte magique c’est bien souvent le terme anglais qui est employé en français, nous avons préféré le garder tel. Wikipedia vous sera, une fois de plus, d’un grand secours…
(6) Dwellers on the Threshold en version originale… Nous le précisons pour les aficionados de théosophie, de Twin Peaks, voire de Watain.

 

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