Les sanglantes I

Vous prendrez bien un petit remontant ?

« Vous voyez ! disait le boucher s'essuyant les doigts pour verser un peu de sang bouillant dans la boîte au lait
qu'il eut le soin de bien recouvrir, ce n'est pas plus malin que ça et il ne souffre qu'une minute. Il faut bien
manger, n'est-ce pas ? Moi, je crois que c'est un fameux remède pour la poitrine. D'ailleurs, j'en boirais
par plaisir... oui, un verre plein, mais il faudrait parier une bouteille... car on a besoin de s'ôter le goût !... »

Pendant longtemps, on a expliqué pas mal de maux par un excès de sang. Tant que la théorie des humeurs faisait référence, quoi de plus logique que de purger de ce liquide en trop ? Que l’on n’aille pas s’imaginer qu’il s’agisse de fantaisies médiévales. Tout d’abord, à défaut d’être efficace, c’est passionnant, la théorie des humeurs, mais en plus la saignée, puisque c’est cela qui nous intéresse, s’est pratiquée jusqu’à bien tard. À la fin du XIXe siècle, Edmond de Goncourt dans La Faustin cite un médecin : « Moi, je me saigne tous les jours et j’en arrose mes fleurs… » Ce que commente un autre : « C’est positif, la méthode pour guérir ou tuer les gens… change du tout au tout tous les vingts ans. »

Les buveurs de sang, Joseph-Ferdinand Gueldry, 1898 Lire la suite