Point de l’absolu

« Peut-être que quelque chose a craqué – quelle absurdité –
peut-être ai-je « appris à vivre » en cassant mes os sur les routes, en me déchirant le cœur aux ronces…
en m’apercevant que le but est pire que le point de départ. »
Colette Peignot dans une lettre à Ella Maillart1

« Oui, tous les chemins sont ouverts, mais ils ne conduisent nulle part, nulle part. »
Annemarie Schwarzenbach2

Pourquoi enchaîner les kilomètres ? Par centaines, milliers, plus encore ? Les soubassements des récits de voyage sont souvent à peu près les mêmes : il s’agit de partir pour trouver autre chose, quelque chose à poursuivre nuit et jour, à pourchasser dans les recoins, voire à halluciner et superposer (ou imposer) à la réalité. Pour se débarrasser de son soi comme d’une exuvie, peut-être, et là aussi, trouver, idéalement, autre chose. Des pages flamboyantes ont été ainsi écrites sur des paysages opaques, hiératiques, enchanteurs et/ou hostiles ; des formes d’humanités nouvelles ou oubliées ; des dérangements des sens voire du sens. De tout ça, La voie cruelle d’Ella Maillart en est gorgée : le style de l’autrice est sobre, son regard affûté, et ses tourments personnels n’empêchent jamais le dehors de respirer.

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